Contours d'Europe

Une Union européenne à 29 membres en 2012 ? Si l’adhésion de la Croatie est en bonne voie, celle de l’Islande paraît beaucoup moins probable, et ce malgré l’optimisme du gouvernement islandais qui envisage une adhésion à cette date.

Certes le dossier islandais est solide : déjà membre de l’Espace économique européen et de Schengen, l’Islande a intégré une grande partie de l’acquis communautaire ce qui réduira fortement le délai des négociations. En témoigne la rapidité avec laquelle le pays a obtenu l’ouverture des négociations d’adhésion : moins d’un an après son dépôt le 27 juillet 2009, le Conseil européen les a formellement ouvertes le 17 juin dernier.

Les points d’achoppement sont donc peu nombreux mais pourraient sérieusement bloquer le dossier. La pêche sera le plus gros morceau. Devenir membre de l’UE implique d’accepter la politique commune de la pêche qui fixe des quotas nationaux, une obligation dont l’Islande ne veut pas. Sans compter que les règles européennes imposeraient l’ouverture des eaux territoriales islandaises aux chalutiers européens, remettant ainsi en cause le cadre législatif très protecteur qu’offre Reykjavik à ses pêcheurs.

Et l’Islande n’est pas prête à faire des concessions sur ces points. Outre l’attachement identitaire à la pêche, ce secteur représente une part substantielle de l’économie du pays (10 à 15 % du PIB et un quart des exportations). Et la crise financière qui a durement frappé cet Etat pousse désormais les Islandais à refonder leur modèle économique sur la pêche.

Autre sujet de taille pour l’Islande, la politique agricole commune. Les fermiers islandais y sont farouchement opposés. Largement subventionnés, ils ne seraient pas compétitifs et craignent une baisse de la production.

Enfin, l’affaire Icesave devra se régler avant l’adhésion. Si le commissaire à l’élargissement Stefan Füle considère qu’il s’agit uniquement d’un problème bilatéral – rhétorique également utilisée dans le cadre des Balkans lorsque la Commission n’a pas les moyens de régler le problème – le Royaume-Uni et les Pays-Bas pourraient bloquer le processus, comme l’a fait la Slovénie avec la Croatie en 2008.

Une population opposée à l’intégration européenne

Les négociations seront donc très compliquées et quand bien même elles aboutiraient, rien n’indique aujourd’hui que les Islandais voteraient oui lors du referendum prévu à cet effet. Bien au contraire, un sondage récent indique que 58% d’entre eux veulent que le gouvernement retire la demande d’adhésion. Sauf au plus fort de la crise en novembre 2008, date à laquelle la peur les poussait dans les bras de l’Europe, une grande majorité d’Islandais semble opposée à l’intégration.

Car ne l’oublions pas, les Islandais ne voulaient pas l’UE mais sa monnaie qui leur apporterait une stabilité monétaire. Ils ont fait savoir à plusieurs reprises qu’ils aimeraient adopter l’euro sans adhérer à l’Union. Une hypothèse écartée par les institutions.

Face à tous ces obstacles, on peut s’interroger sur l’intérêt pour l’UE d’intégrer l’Islande. Mis à part ses atouts géostratégiques et économiques, l’Union est-elle prête à subir une éventuelle voire probable répétition d’un scénario à la norvégienne ? Face à la crise profonde dans laquelle l’UE se trouve, un refus populaire d’une adhésion serait perçu comme un échec du modèle d’attraction européen.

Mais c’est surtout la définition d’un projet européen, d’une réflexion sur ses finalités qui est le plus pressant. Si l’Union vise à demeurer une simple zone de libre échange, il n’y a pas de raison d’arrêter l’élargissement. Si elle vise à se construire en communauté politique, ce critère devrait être posé clairement et l’Islande voire d’autre pays se poseraient différemment la question de l’adhésion.

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