Contours d'Europe

Après plusieurs mois de surenchères nationalistes entre Bratislava et Budapest, l’heure pourrait être à l’apaisement. Les élections législatives slovaques du 12 juin ont sonné le glas de la coalition rose-brune, inédite en Europe (parti social-démocrate et partis d’extrême-droite nationaliste) et au pouvoir depuis 2006.

Trois partis de la droite chrétienne et conservatrice et un parti social-libéral de la minorité hongroise sont tombés d’accord le 23 juin sur un accord de coalition. Ils ont prôné l’apaisement des tensions entre la Hongrie et la Slovaquie pendant la campagne. La probable future premier ministre Iveta Radičová a notamment déclaré être en faveur de la suppression de l’amendement voté par le parlement slovaque au cours de la campagne électorale, qui organisait la perte automatique de la nationalité slovaque si un ressortissant prenait volontairement la nationalité d’un autre pays.

Cette modification avait été adoptée en réaction directe au vote par le parlement hongrois le 26 mai dernier, d’un amendement qui redéfinit les conditions de demande de la citoyenneté hongroise (voir le post du 28 mai). Cette décision avait bouleversé la campagne électorale et placé la question nationale au cœur des débats, un sujet que la coalition slovaque rose-brune avait utilisé pour tenter de gagner l’élection. Outre la disposition sur la perte de la nationalité, le premier ministre Robert Fico avait réagi violemment. Après avoir rappelé son ambassadeur en Hongrie, il avait convoqué le Conseil de sécurité de l’Etat, prétextant que l’amendement représentait « un risque pour la sécurité de la Slovaquie ».

Autre signe fort d’apaisement, la défaite cinglante des partis nationalistes, fortement xénophobes vis-à-vis de la minorité hongroise. Le « Mouvement pour une Slovaquie démocratique » (HZDS) de l’ancien premier ministre Vladimir Mečiar a échoué à obtenir le seuil des 5% synonymes de représentation au Parlement. Exit donc l’ancien leader autoritaire des années 90 qui avait isolé la Slovaquie du reste de l’Europe. Le troisième allié de la coalition sortante, le parti d’extrême-droite SNS, a quant à lui tout juste atteint le seuil des 5%.

Autre symbole fort, l’entrée au Parlement du nouveau parti de la minorité hongroise Most- Híd qui a obtenu 8% des voix. Il a ainsi infligé un camouflet à l’autre formation de la minorité hongroise SMK-MK qui n’aura pas d’élus. Ce résultat marque également l’agacement des Hongrois de Slovaquie vis-à-vis de la politique de Budapest, qui ne les a pas consultés sur la question de la double citoyenneté : le parti hongrois du Fidesz au pouvoir en Hongrie et à l’origine de la loi sur la double citoyenneté soutenait le SMK-MK.

La nouvelle coalition slovaque à quatre partis devrait être formalisée dans les prochains jours, une fois les portefeuilles ministériels distribués, et gageons que le parti Most-Híd pourra, comme son nom l’indique, faire le « pont » entre les deux pays.


Most en slovaque et Híd en hongrois signifient pont.

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