Contours d'Europe

Le mythe que l’UE serait la France en grand a encore de beaux jours devant lui sur les bancs du Parlement français. Roland Blum (UMP) et Gérard Bataille (PS) en ont fait la démonstration récemment lors de la présentation d’un rapport parlementaire sur la situation dans le Caucase.

Tout part de la question de l’élargissement. Certes, des arguments géopolitiques raisonnables ont été utilisés pour rejeter une adhésion prochaine de la Géorgie et des autres pays du Caucase à l’UE, à savoir qu’on ne peut agir sans prendre en compte les intérêts de la Russie dans cette région, qui aujourd’hui refuse toute extension de l’UE ou de l’OTAN vers ses frontières.

Mais ce refus d’un nouvel élargissement témoigne en réalité d’une frilosité vis-à-vis de la « révolution du nombre » qu’a connue l’UE, pour reprendre l’expression d’Alain Lamassoure. Ainsi, les élargissements de 2004 et 2007 ont été invoqués : « il y a eu trop d’adhésions, trop vite à l’UE », a déclaré Roland Blum. « Les Pays d’Europe centrale et orientale (PECO) n’étaient pas mûrs, on a du les accepter sous prétexte de la chute du Mur », renchérit-il. Puis, c’est l’élargissement des années 80 qui y passe : « même aujourd’hui, on a des difficultés avec la Grèce, le Portugal et l’Espagne », rajoute-t-il.

Gérard Bataille acquiesce et rajoute « qu’aujourd’hui, ça pose problème ».

Pour ces deux députés, c’est comme si l’élargissement n’avait pas été vécu comme un enrichissement mais comme une déchirure. Le mythe de l’Europe des Six, composée d’une Allemagne contrite leur convenait et leur permettait de projeter leur rêve de reconstruction d’une puissance française à l’échelle mondiale.

Sauf qu’aujourd’hui, l’Europe compte 27 membres et a la taille d’un continent. Et l’élargissement aux pays d’Europe centrale et orientale doit être assumé. Il a permis de réaliser le projet initial de la construction européenne de réconcilier les peuples européens. A ce titre, les oppositions entre “élargissement” et “approfondissement » doivent être dépassées, comme le soulignent les chercheurs Thierry Chopin et Lukáš Macek, car « élargir l’Union, c’est aussi et avant tout “approfondir” le projet géopolitique européen en lui donnant une assise territoriale plus vaste et plus solide. »

Face à ce déni de la réalité, les deux députés continuent donc de penser à l’échelle de l’Hexagone. Arguant que la diplomatie européenne est inexistante politiquement dans la région, ils prônent une relance de la diplomatie française dans le Caucase. Roland Blum prétexte que « l’UE ne doit pas conduire à l’effacement des diplomaties nationales ».

Interrogés sur la capacité de la France à faire valoir ses intérêts en matière énergétique dans la région, les députés ont reconnu que « la France ne peut pas agir seule » et qu’il serait préférable de s’entendre entre Européens.

Car ils affirment néanmoins souhaiter une diplomatie européenne, mais qu’ils imaginent calquée sur les positions françaises. En témoignent leur regret des positions trop russophobes des PECO qui empêcheraient la formation d’un agenda européen cohérent vis-à-vis du Caucase.

Si les PECO tendent à réagir de façon trop émotionnelle vis-à-vis de la Russie, l’idée que la position française doit être imposée au reste de l’UE, cette idée d’une UE qui serait la France en grand est illusoire et ne correspond pas à la formation des compromis européens. Les Européens ont des intérêts communs et ils se formeront sur la base de compromis des positions nationales.

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