Contours d'Europe

« L’heure de l’Europe est arrivée », ainsi s’exprimait le ministre des Affaires étrangères luxembourgeois Jacques Poos en 1991 au moment du déclenchement de la guerre en Yougoslavie. 20 ans après, lors du sommet de Sarajevo du 2 juin, elle n’est toujours pas arrivée.

A l’époque, l’UE n’était pas capable d’intervenir militairement. Aujourd’hui encore, elle ne pourrait toujours pas faire face à un conflit majeur, elle a néanmoins réussi à inciter les pays des Balkans à s’engager sur la voix de l’intégration européenne.

Alors que l’UE fait face à une fatigue de l’élargissement et à une crise économique majeure, on peut comprendre que de nouvelles adhésions pourraient être difficiles à supporter et à expliquer aux citoyens européens.

Sauf qu’aucune nouvelle adhésion, à l’exception de la Croatie, ne pourra intervenir avant une décennie. Les réformes à effectuer par les Balkans sont considérables. Mais, d’ici là, on est en droit d’espérer que les dirigeants politiques européens auront trouvé les moyens de sortir le vieux continent de la crise.

En attendant, les pays des Balkans attendaient des réponses simples lors du sommet de Sarajevo: être assurés d’une future intégration européenne, si possible avec des garanties qui ont l’avantage de stimuler les réformes.

Garanties qui par ailleurs ne coûtent pas cher aux Européens mais peuvent avoir des effets immédiats sur les pays candidats. A l’instar de ce que propose le European Council on Foreign Relations, accorder le statut de candidat à tous les pays de la région d’ici la fin de l’année aurait permis à l’UE de regagner de la crédibilité dans la région, crédibilité nécessaire pour arrimer ces Etats à l’UE.

Si 2014 n’est plus envisagée sérieusement pour une intégration pleine et entière, Valentin Inzko, haut représentant en Bosnie-Herzégovine, évoque désormais 2018, date du 100ème anniversaire de la Première guerre mondiale, qui a été déclenchée par un assassinat à Sarajevo.

Accorder le statut de candidat ne veut pas dire les intégrer rapidement, car des réformes sérieuses doivent être entreprises par ces pays. Mais établir un calendrier précis, donnerait de la consistance à une politique qui se borne à répéter les poncifs habituels « les Balkans ont une vocation européenne », rarement suivie des faits. L’exemple de la libéralisation des visas en décembre 2009 est une manifestation trop rare de récompenses concrètes.

A l’image de Vladimir et Estragon attendant Godot, les pays des Balkans attendent toujours que l’UE veuille bien venir au rendez-vous promis, car eux savent très bien ce qu’elle doit leur apporter.

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