Contours d'Europe

« Les hommes ne naissent pas citoyens mais le deviennent » : manifestement cette citation de Spinoza n’est pas arrivé jusqu’aux oreilles des gouvernements hongrois et slovaques. Sinon, l’idée que la citoyenneté n’est pas un fait naturel ne serait pas aujourd’hui mise à mal au profit d’une redéfinition ethnique de celle-ci.

L’arrivée au pouvoir d’un gouvernement de droite à Budapest, fortement influencé par une extrême-droite puissante, n’a pas tardé à produire ses effets néfastes. Une loi votée par le Parlement hongrois redéfinit les conditions de demande de la citoyenneté hongroise et permet à un Hongrois, vivant en dehors de la Hongrie, de la demander à condition qu’il puisse prouver son origine hongroise et qu’il parle la langue. Pour le moment, le droit de vote n’est pas autorisé mais la question pourrait ressurgir, d’autant plus que l’extrême-droite milite pour son autorisation.

Les nombreuses minorités hongroises vivant chez les voisins slovaques et roumains sont les principales populations visées par cette loi,

Et puisqu’il n’est plus envisageable de modifier les frontières par les canons, la droite hongroise tente de revenir sur « l’injustice historique du Trianon » en opérant une redéfinition ethnique de ses frontières. Mais, si les citoyennetés peuvent être multiples (européenne, nationale, binationales), la motivation politique hongroise de recréer un espace national unifié autour de Budapest peut avoir des conséquences explosives en Europe centrale.

Entre les fantasmes des extrémistes slovaques d’un séparatisme magyar et le mythe de la Grande Hongrie, les nationalismes font recette en Europe centrale.

La réaction slovaque ne s’est d’ailleurs pas faite attendre : une nouvelle loi prévoit que tout citoyen slovaque pourra être déchu de sa citoyenneté à deux conditions : s’il décide d’y renoncer volontairement, ou s’il dépose une demande de citoyenneté auprès d’un autre pays.

Cet épisode s’inscrit dans une série de provocations entre les deux pays, attisées par la force électorale de l’extrême-droite des deux côtés du Danube. La Slovaquie avait déjà voté l’année dernière une loi imposant l’usage du seul slovaque dans l’administration.

Conséquences inattendues de l’effacement des frontières au sein de l’Union européenne, les nationalismes gagnent du terrain. Si les citoyens des Etats membres sont supposés être tous réunis dans une même communauté politique européenne, ces provocations rappellent combien cette communauté de citoyens est fragile. Preuve s’il en est que la citoyenneté ne peut simplement se décréter mais qu’elle existe par la pratique et la participation politique aux affaires de la cité.

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