Contours d'Europe

En pleine crise et alors que pour la première fois son éclatement possible es évoquée, la zone euro pourrait pourtant s’agrandir au 1er janvier 2011. C’est du moins ce qu’a proposé la Commission européenne le 12 mai en recommandant l’entrée de l’Estonie qui deviendrait le 17e membre de la zone euro.

Que, dans la situation actuelle, la zone euro accueille un nouveau membre peut presque paraître incongru. Peu gouvernée, lente à se mettre d’accord sur le plan de sauvetage de l’un des siens, en pleine réflexion sur ses orientations à venir, les 16 pays qui la composent sont-ils prêts à élargir la famille? N’est-ce pas une fuite vers l’élargissement et un refus, encore une fois, de travailler sur l’approfondissement.

Toutes ces questions méritent d’être posées. Conscient des critiques susceptibles d’intervenir, le président de l’eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a d’ailleurs indiqué lundi 17 mai que la crise ne devait en aucun cas constituer un prétexte pour ne pas intégrer un nouvel Etat qui respecterait les critères requis.

Or, il est vrai que c’est largement le cas. L’Estonie est loin d’être dans la même situation que les autres Etats de l’UE. Aujourd’hui, le pays est le seul à respecter les critères de Maastricht, malgré une chute de 15% de son PIB. Sans compter que, selon les autorités européennes, l’Estonie a été très rigoureuse dans sa gestion depuis plusieurs années. Reste que l’Estonie représente à peine 0,1% de l’économie de l’UE (25 milliards de PIB) contre par exemple 2% pour la Grèce.

Mais surtout, la population estonienne ne comprendrait certainement pas qu’on lui refuse l’entrée alors qu’elle est la seule à respecter les critères.

Si la population estonienne reste enthousiaste à l’idée d’intégrer la zone euro, elle semble bien être la seule parmi les pays candidats, quand bien même il s’agit d’une obligation juridique. Durement touchés par la crise et aidés par le FMI, la Hongrie et la Roumanie ont pu laisser leur monnaie se déprécier pour regagner de la compétitivité. Un ajustement moins violent que celui que va subir la Grèce.

En République tchèque, Radio Prague rapporte que pour la première fois depuis 2001, la majorité des personnes interrogées (55 %) s’est prononcée contre l’adoption de l’euro. L`année dernière encore le nombre de personnes refusant la monnaie européenne n’atteignait que 47 %. Quant au ministre polonais des Finances, il a déclaré qu’il n’était pas pressé d’entrer dans la zone euro et que ce n’était plus une priorité.

La question n’est donc pas simplement de savoir si la zone euro peut accepter d’autres membres. Mais plutôt comment faire pour que les Etat qui doivent adopter l’euro dans les années à venir fasse les réformes nécessaires pour y parvenir, comme le prévoit leur adhésion à l’UE.

Avec la crise, les bénéfices de l’appartenance à la zone s’effacent et laissent perplexe sur son avenir. Intégrer l’Estonie apparaît donc d’autant important pour montrer que l’euro continue de générer une force d’attraction et est capable d’accueillir de nouveaux membres, respectueux des critères édictés. Sans parler des réformes de gouvernance, dont les Etats membres évoquent, lentement, la mise en place.

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