Contours d'Europe

La contagion de la crise grecque pourrait atteindre non pas la péninsule ibérique mais sa cousine balkanique. Si les investissements grecs dans la région pourraient se réduire considérablement, le processus d’élargissement à l’Union européenne pourrait également en pâtir. C’est ce qu’a suggéré le chercheur au CERI Jacques Rupnik lors d’un chat sur lemonde.fr : « la crise grecque a indirectement un effet qui contribuera à renforcer la méfiance à l’égard des autres pays de la région, et à ralentir un processus d’adhésion déjà beaucoup trop lent pour eux.”

Etat faible et inefficace, corruption économie grise : les maux grecs ont des traits analogues aux maux balkaniques, ce qui pourrait justifier un ralentissement du processus d’élargissement. Au risque d’enrayer la démarche de réforme entreprise par ces pays et de saper le soutien électoral aux forces pro européennes. En effet, Jacques Rupnik explique que l’UE fait face à un dilemme : « d’une part, la promesse d’élargissement, tant qu’elle reste vague, n’est pas assez motivante pour introduire dans ces pays des réformes importantes et les faire appliquer dans les Balkans; et en même temps, la promesse d’élargissement, vue de l’Union, doit rester assez vague pour ne pas effrayer les opinions publiques dans les Etats membres. C’est le dilemme auquel sont confrontés les dirigeants européens. »

Les comptes truqués de la Grèce affaiblissent donc la confiance que Bruxelles est prête à donner aux autres pays des Balkans. Et la Croatie pourrait en faire les frais. Si elle sera dans les prochaines années le vingt-huitième membre de l’UE, la date d’adhésion pourrait être reportée au-delà de 2011-2012 selon les propos de membres du gouvernement croate et de représentants européens, rapportés par le Courrier des Balkans.

A moins d’un mois d’un sommet UE-Balkans à Sarajevo, l’UE va devoir réaffirmer l’engagement européen vis-à-vis des pays de la région. Mais selon Jacques Rupnik, elle devra surtout essayer d’aller au-delà du « discours général disant ‘oui, vous avez à terme une perspective européenne’ ». Au contraire, « il faut donner à ces pays un calendrier plus clair pour l’ouverture des négociations, cela permet ensuite de décliner le programme de réformes exigé par rapport à ce calendrier.”

Deuxième conséquence : l’élargissement de l’Eurozone. Les Etats de l’UE seront encore plus vigilants qu’avant. La Lituanie en avait déjà fait les frais en 2007, alors recalée pour un taux d’inflation de 2,7%, soit 0,2% de trop au regard de la limite autorisée par le traité de Maastricht (2,5%).

La Bulgarie et la Roumanie devront attendre particulièrement longtemps. En effet, les révélations récentes de mensonge sur le montant du déficit budgétaire en Bulgarie font cruellement écho aux défaillances grecques. L’Estonie toutefois n’en fera peut être pas les frais puisque la Commission a recommandé le 12 mai qu’elle adhère à la zone euro au 1er janvier 2011.

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