Contours d'Europe

Mort il y a 30 ans, le dictateur Tito est encore très présent dans l’esprit et la vie des peuples de l’ex-yougoslavie. Lors de son enterrement, le 4 mai 1980, 700 000 personnes s’étaient réunies à Belgrade pour assister à la cérémonie funéraire. Pour commémorer sa disparition, le 4 mai 2010, des manifestations ont eu lieu dans différentes coins d’ex-Yougoslavie et chaque année, des milliers d’ex-Yougoslaves se rendent à Kumrovec, son village natal.

La nostalgie de l’époque du leader yougoslave s’est donc ravivée ces dernières années. A l’instar de l’Ostalgie en ex-RDA, la Titostalgie ou la Yougonostalgie exprime une certaine mélancolie vis-à-vis du passé au miroir d’un présent décevant.

Beaucoup regrettent le haut de niveau de vie, l’absence de chômage et la possibilité de voyager librement : « Aujourd’hui, le fossé entre les pauvres et les riches ne cesse de se creuser. On vivait mieux du temps de Tito. », d’après une Croate. “Nos travailleurs pouvaient voyager dans le cadre des vacances d’hiver, d’été. L’école était gratuite. Aujourd’hui les propriétaires des usines prennent tout l’argent et nous, nous payons tout”, selon un Serbe.

Une nostalgie qui se manifeste davantage chez les peuples qui ont davantage souffert de la dissolution. Il y a trois ans le rédacteur en chef du Courrier des Balkans, Jean-Arnault Dérens expliquait que « les peuples les plus nostalgiques de Tito sont les Bosniaques, les Monténégrins ou encore les Turcs de Macédoine et du Kosovo. Tito a reconnu et protégé ces minorités. De plus, leur pays était alors respecté ; ils pouvaient assez facilement voyager et avaient un niveau de vie correct. Aujourd’hui, la plupart vivent en dessous du seuil de pauvreté et ne peuvent aller nulle part sans passeport. » Ses propos sont aujourd’hui encore totalement d’actualité.

Si cette nostalgie s’apparente à celle des PECO, l’historien serbe Predrag Markovic précisait le 2 mai dernier que celle de l’ancienne Yougoslavie se distinguait par le regret « de ne plus être un grand pays respecté. La réputation de la Yougoslavie était inconcevablement meilleure que celle de tous les pays qui en sont issus.”

Cette nostalgie se décline également se façon commerciale. Les bars, les restaurants et les discothèques « Tito » se multiplient, des jeunes gens portent des tee-shirts à l’effigie du fondateur de la Yougoslavie socialiste et fédérale, des graffitis reprennent les vieux slogans communistes. Un “Yugoland parc” en l’honneur de Tito et de la Yougoslavie est même en construction en Serbie !

Si un retour à l’ex-Yougoslavie n’est pas envisageable, les Balkans tentent aujourd’hui de reconstruire un espace qu’ils appellent eux-mêmes la « Regija » (la Région) qui se caractérise par des points communs au niveau social et culturel tels que la langue, la gastronomie ou la musique. Cette reconstruction passe par une intensification de la coopération régionale ces dernières années, d’autant plus nécessaire qu’elle conditionne leur adhésion à l’Union européenne, futur “toit commun des pays des Balkans.”

Author :
Print