Contours d'Europe

Les Hongrois se rendent aux urnes le 25 avril pour le deuxième tour des élections législatives. Malgré le peu d’audience de ces élections en France, les résultats sont à regarder de près. Car, sur fonds de crise économique, de politique d’austérité sous tutelle du FMI et de discrédit du parti socialiste hongrois au pouvoir en proie à des scandales à répétition, un parti d’extrême droite décomplexée s’impose non seulement dans le paysage politique hongrois mais aussi dans la rue.

Le parti Jobbik (« Pour une meilleure Hongrie ») est devenu la troisième force politique du pays le 11 avril lors du 1er tour des élections législatives avec 16% des voix, à quelques points seulement du parti socialiste du gouvernement sortant. Une confirmation après les 15% obtenus lors des élections européennes de juin 2009.

Europhobie, antimondialisme, nationalisme, racisme, homophobie, anti-élites, les thèmes de ralliement du Jobbik ne diffèrent pas des autres partis d’extrême droite en Europe. A quelques exceptions près.

Le racisme a une vigueur nouvelle dans le pays. Première victime : les Roms, régulièrement dépeints comme des criminels qui profiteraient des aides de l’Etat. Afin de « résoudre le problème rom », le fondateur du parti Gabor Vona est allé jusqu’à organiser leur intimidation dans le cadre d’une milice : la Garde hongroise, défile régulièrement dans les quartiers Roms pour imposer leur idée de l’ordre.

Dissoute par la Cour de Budapest en juillet 2009, elle a été aussitôt recréée. Bien que non armée, elle reprend tout l’attirail des milices fascistes des années 30. Vêtue d’uniformes noirs, décorée du blason du parti nazi hongrois des Croix-Fléchées, elle défile au pas.

Elle réveille aussi les préjugés antisémites de l’entre-deux-guerres. Le journal Le Monde rapporte qu’en mars 2009, un hebdomadaire d’extrême droite Magyar Forum avait en couverture, une photo de György Suranyi, successeur possible du premier ministre de l’époque Ferenc Gyurcsany. György Suranyi est juif. Sa photo était entourée d’une étoile jaune, avec ce commentaire : « Le danger Suranyi ».

Un racisme qui s’exprime également à l’encontre des voisins slovaques et roumains de la Hongrie qui abritent de fortes minorités hongroises. Car encore un souvenir de l’entre-deux-guerres, le Jobbik dénonce le « diktat du traité de Trianon » qui amputa le pays des deux tiers de son territoire. Nostalgique de la Grande Hongrie, les militants arborent fièrement un pendentif représentant ses contours d’avant 1920.

Ainsi, à l’instar d’autres formations d’extrême droite européenne, ses scores élevés lui permettent d’imposer certaines thématiques au parti de gouvernement conservateur. Le Fidesz, grand vainqueur du premier tour avec 53% des voix n’échappe pas à cette règle et Viktor Orban, le prochain premier ministre, s’érige lui aussi en défenseur des minorités hongroises hors du pays. De quoi alimenter les tensions avec ses voisins européens.

Pour une analyse des enjeux des élections hongroises, cliquer ici.

Author :
Print