Contours d'Europe

Le 8 avril, journée internationale des Roms, l’UE tente de coordonner ses efforts en leur faveur car la discrimination à leurs égards est encore très élevée, et particulièrement en République tchèque.

A l’initiative de la présidence espagnole du Conseil, les ministres européens sont réunis à Cordoue les 8 et 9 avril pour se pencher sur la situation des Roms. L’UE a pris conscience de la dimension européenne de la question avec l’élargissement aux anciens pays communistes. Minorité ethnique européenne la plus nombreuse et la plus ancienne, les Roms y sont particulièrement nombreux et subissent de nombreuses formes de discrimination, et ce à tous les niveaux.

Racisme ordinaire, discrimination à l’embauche, bouc-émissaires et même internement. Tel est parfois le lot des Roms en Europe centrale et orientale. Et l’exemple vient d’en haut. Beaucoup de gouvernements jouent la carte de l’insécurité et stigmatisent les populations Roms.

La République tchèque, un pays qui a fait figure de modèle en termes de développement depuis la chute du rideau de fer, ressemble davantage à un cancre en matière de discrimination vis-à-vis des Roms. La Cour européenne des droits de l’Homme de Strasbourg a en effet condamné le pays pour discrimination en 2007. La cause ? 18 élèves tchèques d’origine rom avaient été placés dans une école spécialisée où les élèves sont atteints de déficiences intellectuelles. 30% des enfants roms sont internés dans des écoles similaires.

Une discrimination institutionnalisée qui ne s’arrête pas là et prend également d’autres formes. Outre le racisme ordinaire d’une partie de la population tchèque, les préjugés sont entendus jusque dans la bouche des hommes politiques les plus hauts placés. Le président du parti chrétien-démocrate, Jiří Čunek est connu pour de nombreuses sorties contre les Roms. En 2008, il a déclaré que la culture traditionnelle des Roms était la cause de leur intégration insuffisante dans la société. Il était allé jusqu’à affirmer que la culture traditionnelle rom était contraire à la Charte des droits fondamentaux et des libertés !

Et les actes vexatoires ne s’arrêtent pas là ! L’emplacement du camp de Lety dans lequel la quasi-totalité des Roms de République tchèque a été internée en 39-45, est occupé depuis les années 1970 par une… porcherie ! Tandis que les autres camps de concentration tchèque comme Terezin sont aménagés pour être des lieux de mémoire, celui de Lety est loin de l’être. Une stèle a simplement été installée en 1995 et chaque 13 mai, lors de la cérémonie de commémoration, très généreusement, la porcherie accepte de couper sa ventilation.

En décembre 2009 toutefois, le gouvernement tchèque a pris des mesures en matière de formation, d’emploi et de logement vis-à-vis des Roms. Selon Ivan Veselý, président de l’association d’aide à la population rom Dženo, la grande avancée de cette nouvelle stratégie pour la période 2010 – 2013 est qu’elle considère les Roms non pas seulement comme un groupe social exclu mais aussi comme une minorité ethnique et un groupe de gens menacés par le non respect des droits fondamentaux.

A Cordoue également, l’emploi et la formation étaient les maîtres mots, comme l’a identifié la ministre espagnole de la santé et de la politique sociale, Trinidad Jiménez. Reste à voir si les objectifs fixés auront les moyens financiers adéquats.

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