Contours d'Europe

Face au souvenir des guerres de Yougoslavie encore vif dans les mémoires, la Serbie a fait un pas en avant le 30 mars dernier : l’Assemblée a adopté une déclaration condamnant les massacres de Srebrenica et présentant les excuses du peuple serbe aux victimes. En juillet 1995, 8 000 hommes avaient été exécutés par des paramilitaires serbes après la chute de cette enclave bosniaque musulmane. 127 députés ont voté pour ce texte, 21 ont voté contre et 15 ne se sont pas prononcés.

La condamnation de ce crime reflète la volonté de la Serbie de se démarquer de l’époque Milošević. Depuis l’arrivée de la coalition pro-européenne au pouvoir au printemps 2008, le pays a multiplié les gestes d’ouverture vis-à-vis de l’Union européenne et de la communauté internationale. Et cela a payé. Le Parlement européen a voté en décembre 2009 en faveur de la libéralisation des visas pour les Serbes qui voyagent vers l’UE. Au cours du Conseil européen du même mois, les chefs d’Etat et de gouvernement avaient décidé de débloquer l’accord de libre échange (accord dit intérimaire) avec la Serbie. Et le 22 décembre 2009, le pays a déposé sa demande de candidature à l’adhésion.

Le procureur du tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), Serge Brammertz avait également manifesté sa satisfaction en décembre 2009 sur la coopération des autorités serbes avec le Tribunal. Le rapport indiquait que la Serbie mettait tout en œuvre pour arrêter l’ancien chef des serbes de Croatie Goran Hadžić et l’ancien chef militaire des Serbes de Bosnie et responsable du massacre de Srebrenica, Ratko Mladić.

La déclaration sur Srebrenica pourrait ouvrir la voie à une réconciliation avec la Bosnie-Herzégovine et manifeste le refus de la Serbie de soutenir les velléités de sécession de la Republika Srpska, entité serbe de Bosnie-Herzégovine.

Srebrenica: une déclaration contestée

Si le geste a été salué par la communauté internationale et notamment le Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères, Catherine Ashton, la déclaration a suscité des réactions parfois moins amènes dans les Balkans. Le refus d’utiliser le terme de « génocide », qualification reconnue par le TPIY pour les crimes de Srebrenica, est particulièrement mis en cause. L’absence de ce mot reflète les divisions de la société serbe sur la question. La déclaration est un compromis boiteux entre libéraux et nationalistes, les uns le jugeant timide, les autres excessif.

A noter toutefois que la société serbe évolue. Belgrade juge désormais ses criminels de guerre et une Haute Cour a été créée à cet effet. Et selon un sondage, 88% des Serbes soutiennent l’action du procureur chargé d’amener les coupables devant cette cour.

En Bosnie-Herzégovine, la déclaration ne convient à personne. L’absence du terme de « génocide » est considérée comme « une claque dans la figure des victimes », selon les propos du député Ilijaz Pilav rapportés par le Courrier des Balkans. D’autres affirment que la déclaration n’est pas « sincère » et qu’elle a été votée pour faire plaisir à l’UE. Le premier ministre de l’entité serbe de Bosnie-Herzégovine Milorad Dodik a quant à lui qualifié le texte « d’inutile ».

Enfin, les députés serbes prévoient également l’adoption d’un texte condamnant les crimes commis à l’encontre des Serbes en ex-Yougoslavie. Si la déclaration sur Srebrenica est un geste fort qui témoigne de l’évolution de la Serbie, l’adoption de l’autre déclaration, aussi légitime soit-elle, et le choix du calendrier, envoient un signal ambiguë ; celui d’un parlement réticent à une repentance à sens unique.

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