Contours d'Europe

Un sommet régional a eu lieu le 21 mars en Slovénie pour intensifier la coopération entre les Etats des Balkans occidentaux sous l’égide de l’Union européenne. Conclusion côté Balkans : un pays absent, la Serbie et le départ du représentant bosniaque au cours du sommet.

Le président serbe Boris Tadic a boycotté la réunion, refusant de siéger aux côtés du premier ministre du Kosovo, Hashim Thaci. Les Serbes ont prévenu qu’ils assisteraient uniquement à des conférences internationales où le Kosovo serait représenté par la mission intérimaire d’administration du Kosovo (UNMIK). Côté bosnien, le président du conseil des ministres, Nikola Špirić, avait indiqué qu’il quitterait la réunion de Brdo quand le premier ministre du Kosovo s’exprimerait. La Bosnie-Herzégovine n’a pas reconnu l’indépendance du Kosovo.

Mais l’UE n’est pas en reste. Le président du Conseil européen Herman Van Rompuy ne s’est pas déplacé. Il avait annoncé qu’il n’assisterait à cette réunion que si tous les pays étaient représentés. Même chose pour le ministre des Affaires étrangères espagnol, Miguel Angel Moratinos, qui assure la présidence tournante du Conseil de l’UE. Quant au commissaire à l’Elargissement, Stefan Füle, il a quitté le sommet avant son terme pour manifester l’impatience de l’UE face aux querelles dans les Balkans.

Malgré les initiatives de dialogue entre les pays des Balkans, les problèmes politiques restent entiers. Belgrade refuse de reconnaître le Kosovo et n’est pas encouragé à le faire par l’UE car elle n’est elle-même pas unie sur la question (Chypre, l’Espagne, la Grèce, la Roumanie et la Slovaquie n’ont pas reconnu l’indépendance du Kosovo). La Bosnie-Herzégovine est quant à elle paralysée par des querelles intestines entre Serbes, Croates et Musulmans. Et pourtant, le processus d’adhésion se poursuit, guidé par une espérance naïve que lorsque tous les critères seront remplis, les différends s’effaceront et les pays des Balkans rentreront dans la famille européenne dans un élan de fraternité !

Quelle stratégie d’élargissement ?

Face à ces difficultés, comment intégrer les états des Balkans occidentaux ? Intégration différenciée ou intégration en bloc ?

L’intégration différenciée est la stratégie que la Commission a adopté jusqu’à maintenant : les relations bilatérales sont privilégiées et les pays sont seuls responsables de leur adhésion.

Une voie qui semblerait la plus adaptée au cas des Balkans et qui a été adoptée lors de la récente libéralisation des visas pour la Serbie, la Macédoine et le Monténégro. L’Albanie, la Bosnie-Herzégovine ont quant à eux été recalés faute de réformes suffisantes tandis que le Kosovo ne pouvait y prétendre.

A première vue, la stratégie tient debout. Les plus méritants sont récompensés. Sauf qu’en Bosnie-Herzégovine, seuls les Musulmans sont pénalisés. Les Serbes et Croates de Bosnie peuvent entrer dans l’UE sans visa grâce à leur passeport serbe et croate. Idem les Albanais de Macédoine, du Monténégro et de Serbie peuvent voyager dans l’UE mais pas ceux d’Albanie et du Kosovo.

La spécificité des pays des Balkans réside dans l’imbrication des nationalités. La forme de l’Etat-nation est à cet égard inadaptée à la région, comme l’ont démontrés les différents conflits. Donc, la stratégie d’intégration en bloc pourrait être un moyen plus adéquat d’inciter à la coopération régionale.

Cette stratégie va à l’encontre des politiques de la Commission, mais elle aurait le mérite d’introduire un sentiment de responsabilité vis-à-vis des relations avec ses voisins. Car la construction européenne n’est pas seulement l’accès à un marché et à une monnaie uniques mais l’entrée dans une communauté de destin. Et il serait bon que l’UE clarifie ce point de temps à autre. Non seulement la définition d’un discours politique sur l’élargissement permettrait aux citoyens de donner un sens à l’élargissement, mais les candidats penseraient différemment leur adhésion, intégrant les aspects politiques qui en découlent.

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