Contours d'Europe

Le 18e anniversaire de l’indépendance de la Bosnie-Herzégovine n’a pu être célébré le 1er mars 2010 par les parlementaires bosniaques. La raison ? L’accès à la grande salle du Parlement dans laquelle une séance solennelle extraordinaire devait avoir lieu, leur a été interdit! Le Président de la Chambre des Représentants et élu de la Republika Srpska Milorad Živković en a décidé ainsi. Sans aucune autre justification que la permission d’utiliser la grande salle du Parlement devait être donnée par les présidents des deux chambres du Parlement.

Devant les portes fermées « par une chaîne et un gros cadenas », selon un élu présent, les parlementaires ne se sont pas laissé faire. Après avoir cherché une autre salle, ils sont finalement parvenus à forcer le verrou. Pour couronner le tout, la célébration a eu lieu mais sans le matériel nécessaire pour diffuser l’hymne national, qui a finalement été chanté sans orchestre par l’assemblée.

Toute identité nationale n’est pas un fait de nature mais une donnée construite par des symboles, par exemple. Sans consensus sur un symbole tel que la fête nationale, l’Etat concerné peut-il avoir un avenir ?

On se souvient des peurs de sécession de la Republika Srpska (entité serbe de Bosnie-Herzégovine) à la suite de la déclaration d’indépendance du Kosovo. Le Courrier des Balkans rapporte les propos d’un membre du Parlement de la République de Bosnie-Herzégovine des années 90, Tatjana Ljujić–Mijatović. Selon elle, « certaines personnes occupant des fonctions au sein de l’Etat n’aiment pas ce pays […]. Et si nous ne respectons pas notre histoire, nos traditions, alors nous n’avons pas d’avenir ».

La réaction du cabinet de Milorad Živković à l’action des parlementaires est à cet égard lourde de sens. Selon le Courrier des Balkans, il aurait déclaré que « L’intrusion […] est anti-démocratique et constitue un acte de vandalisme. Il s’agit également d’un acte criminel, d’une violation de l’ordre public et d’une intrusion non autorisée dans les locaux officiels de l’Assemblée. » Des sanctions ont même été envisagées !

Impasse politique?

Et le secrétaire général du Conseil de coopération régional, Hido Biščević a affirmé dans une interview à EurActiv.com le 15 mars 2010 que l’on s’acheminait vers un conflit gelé dormant. Il est même allé jusqu’à le comparer à ceux de Transnistrie et du Haut Karabagh. Si l’impasse politique persistait, l’impact sur la coopération régionale dans les Balkans occidentaux et sur les perspectives d’adhésion à l’UE serait négatif.

Car tout le problème est là. On peut difficilement imaginer certains pays des Balkans occidentaux entrer dans l’Union européenne et d’autres demeurer une sorte de « trou noir » dans la région. L’apaisement en Bosnie-Herzégovine est donc une condition de l’adhésion des Balkans dans l’Union européenne.

Cet apaisement passe notamment par une réforme des institutions de la Bosnie-Herzégovine qui ne fonctionnent pas efficacement. La Constitution de Bosnie-Herzégovine élaborée à la suite des Accords de Dayton de 1995 est trop décentralisatrice pour cela (deux entités aux larges pouvoirs, dont une, la Fédération croato-musulmane elle-même subdivisée en neuf cantons, possédant chacun une assemblée élue et un gouvernement). Les négociations entre les deux entités, sous l’égide de la communauté internationale, ont jusqu’à maintenant échoué. Et le compromis n’est pas pour demain. La déclaration du premier ministre de la Republika Srpska, Milorad Dodik en témoigne. Il a ainsi déclaré : « Avoir un gouvernement plus centralisé n’est pas une alternative pour la Bosnie. La seule alternative possible est la division du pays ».

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