Contours d'Europe

Dans les nouveaux Etats membres, le combat contre la corruption est encore loin d’être gagné, malgré les efforts apparents déployés par certains gouvernements pour lutter contre le fléau. Pour preuve, l’adoption hier en Slovaquie d’une loi anti-corruption inédite, en prévision des prochaines élections législatives.

Souvent montrés du doigt par les institutions communautaires, certains des nouveaux entrants ont bien du mal à se mettre en conformité avec les règles du jeu démocratique.

Crime organisé, pots de vin, voire même détournement des fonds européens consacrés à l’adhésion, au nez et à la barbe de l’Union… Scandale après scandale, les exemples bulgares, slovaques ou encore maltais montrent bien à quel point les outils mis en place par l’UE pour lutter contre ce problème restent fragile.

Au moment d’ouvrir ses frontières aux anciens satellites du bloc soviétique, la peur de l’invasion par des réseaux clandestins en tous genres avait pourtant conduit l’UE à faire de la lutte contre la corruption une priorité parmi les priorités de sa politique d’élargissement.

Si les négociations d’adhésion constituent une vraie fenêtre d’opportunité pour la lutte contre la corruption dans les pays candidats à l’entrée dans l’UE, l’expérience montre qu’une fois intégrés, le rythme des réformes ralentit, alors même que l’UE perd ses moyens de pression.

Sans compter les effets pervers : car les réformes administratives liées à la préadhésion dans les pays candidats renforcent parfois l’indépendance des autorités politiques sans qu’un système de contrôle équivalent vraiment efficace ne soit en place.

Que dire alors des pays actuellement candidats? L’Europe est-elle suffisamment bien équipée pour accueillir ces Etats et conserver son intégrité politique malgré une évidente surexposition aux risques de corruption? Une question souvent débattue dans la société comme dans les institutions…

La visite du nouveau chef de l’Etat croate, Ivo Josipovic, le 4 mars à Bruxelles, a été l’occasion pour Jose Manuel Barroso de souligner à quel point la question reste brûlante dans les Balkans.

Une Union bananière ?

La corruption est un thème classique lorsqu’il s’agit du « grand est européen », mais qu’en est-il vraiment dans les Etats dits fondateurs, brandissant sans cesse le culte de la transparence, et qui comptent parmi les pays les plus riches du monde ?

Et bien à ce petit jeu là, les « anciens » ne sont pas en reste, révèle un surprenant sondage publié par la Commission européenne en décembre dernier.

80% des européens seraient convaincus que leurs institutions sont corrompues. Une nette dégradation par rapport à 2006, ou encore 2007.

En Grèce, en Slovénie, en Suède et en Allemagne, 84 % des citoyens interrogés affirment que la corruption sévit selon eux jusqu’au sein des institutions européennes. Une opinion partagée par une majorité de citoyens membres de l’UE.

En France, 73% des personnes interrogées considèrent que la corruption est un problème majeur dans leur pays, contre 65% en 2007. 79% sont convaincus que la corruption existe au sein des institutions de l’UE.

Ce sont les citoyens des nouveaux Etats membres qui sont les moins nombreux à estimer que la corruption existe au sein des institutions communautaires, alors qu’ils sont les plus sévères vis-à-vis de leurs propres politiques. Les prochaines élections en 2010 risquent malheureusement d’en fournir une preuve supplémentaire.

Le bilan est subjectif, certes, mais il révèle à quel point le contrat démocratique au cœur de la construction européenne est aujourd’hui égratigné.

Alors, pessimisme ambiant ou vraie défiance vis-à-vis du monde politique ?

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