Contours d'Europe

En France la question de l’élargissement a décidément à voir avec l’émotion. Lors de l’atelier organisé par EurActiv.fr, jeudi 18 février, intitulé « UE : quel élargissement pour quel avenir », les discussions ont été vives.

Pourquoi ? Parce que les débats sur l’élargissement en France, reviennent irrésistiblement à poser la question de l’adhésion de la Turquie à l’UE, de l’identité de l’UE et de ses frontières. Un représentant de l’ambassade croate, un intellectuel, un spécialiste de l’Europe de l’Est étaient notamment présent autour de la table. Rien n’y a fait, les questions et le débat ont tourné à 80% autour de la question turque.

Philippe Perchoc, président de Nouvelle Europe et doctorant au CERI a rappelé que ces débats sur la Turquie, l’identité de l’UE et ses frontières étaient très franco-français. En Suède, en Grande Bretagne, dans des pays comme l’Estonie, la Lettonie ou la Lituanie, ces questions d’élargissement ne se posent pas en ces termes.

« Il ne faut pas violer la population », a déclaré à plusieurs reprises Philippe Juvin, député européen (PPE), selon lequel, en 20 ans l’élargissement de l’UE est devenu une « crainte» en France.

Le représentant de la TUSIAD (l’équivalent du Medef turc) a eu beau préciser qu’un pays ne rentrait pas dans l’UE tant que les réformes n’étaient pas en place et que la totalité des pays n’étaient pas favorables à l’adhésion, il semble que le problème en France n’est pas là.

Philippe Juvin a rappelé qu’en 1992, lors des discussions autour du traité de Maastricht, les représentants politiques qui osaient parler d’identité européenne en France étaient « crucifiés en place publique ». Près de 20 ans plus tard, le sujet est abordé dans notre pays sous un seul angle, la question des frontières. « La Turquie est en Asie mineure, elle n’a pas sa place en Europe », a répété à plusieurs reprises Nicolas Sarkozy.

Reste que cette question de l’identité, et en creux, la question des frontières de l’UE ne fait absolument pas l’objet de discussions aujourd’hui au niveau européen. Le groupe des sages qui doit rendre ses conclusions sur l’avenir de l’UE au mois de juin prochain s’est d’ailleurs vu exclure ce dernier champ de réflexion de ses travaux. Certains pays comme la Grande-Bretagne où la Suède craignant que le débat sur cette question ne serve à faire barrage à l’adhésion de la Turquie.

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Comments

  1. Les Balkans et la question ukrainienne vont permettre, au dela des positions arrêtées sur la Turquie, de définir l’Europe du futur. Ce n’est pas seulement la Turquie qui doit changer mais aussi l’architecture de l’Europe.

    A ma connaissance, il n’y a pas grand’chose derriere l’idee elyséenne d’un partenariat strategique, et de toute façon il n’est pas acceptable pour la Turquie et certains pays membres.

    Il est temps de repenser l’avenir de l’Europe, et donc aussi son architecture. Ce que ni le processus constitutionnel depuis 10 ans ni le groupe de Gonzales, pour l’instant, n’ont permis.

    Peut-on continuer a faire un ‘cut & paste’ d’un traité d’elargissement à l’autre?

    Vous pouvez voir plus d’opinion au sujet de l’Ukraine sur mon blog, et volontiers réagir en français:
    http://euroman.blogactiv.eu/2010/02/13/will-yanukovitch-finally-prepare-ukraine-for-european-integration/

    Christophe

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