Contours d'Europe

Simple formalité ou presque, si l’on en croit les discours de campagne prononcés par Ioulia Timochenko, actuellement en lice pour la présidence en Ukraine.

Pour s’attirer les faveurs de l’électorat, l’actuelle premier ministre a promis d’intégrer rapidement son pays dans l’UE. Son objectif : obtenir l’adhésion d’ici 5 ans, à l’issue de son mandat présidentiel. Ni plus ni moins.

Côté bruxellois l’annonce fait sourire, car l’Ukraine n’a encore franchi aucun pas concret en direction de l’Union. La faute à qui ? Peut-être aussi aux responsables européens qui préfèrent faire la sourde oreille plutôt que répondre aux appels du pied en provenance de Kiev. Début décembre dans la capitale ukrainienne, lors du dernier sommet UE-Ukraine, les représentants bruxellois n’ont pas même évoqué la possibilité d’un accord d’association politique avec Kiev.

Même le nouveau commissaire en charge de la Politique de voisinage et de l’Elargissement, plutôt réceptif, semble convenir que le meilleur moyen d’aborder les relations UE-Ukraine reste le « partenariat oriental ».

Mais Ioulia Timochenko n’a pas dit son dernier mot. Elle vise d’ici un an la signature de l’accord, pour préparer la création d’une zone de libre-échange UE-Ukraine.

Certes, l’échéance annoncée durant la campagne est jugée fantaisiste un peu partout, mais il ne faudrait pas pour autant s’y méprendre et sombrer dans la caricature. Car l’hypothèse d’une adhésion ukrainienne, au-delà des spéculations électoralistes, est bien loin d’être aberrante.

70% des Ukrainiens favorables à l’UE

En fait, pour comprendre la situation en Ukraine, il faut faire appel à l’histoire autant qu’à la géographie.

« Les Ukrainiens ne se sentent pas autre chose qu’européens », explique Jean-Christophe Romer, spécialiste de la question. Autrement dit, ils sont aujourd’hui résolument tournés vers l’ouest, en dépit des liens historiques qu’ils entretiennent avec leur puissante voisine russe. « En Ukraine, l’européanité ne pourra pas se construire en s’aliénant la Russie, et comme il n’y a pas de contentieux entre Moscou et l’UE, l’adhésion est perçue comme l’élément d’avenir de cet ancrage européen ».

Pour ceux qui ont eu l’occasion de prendre le pouls directement sur le terrain, il apparaît clairement que l”immense majorité des Ukrainiens est en faveur de l’UE. Un plébiscite qui n’a d’égal que leur hostilité unanime ou presque à l’OTAN.

« Ces deux problématiques sont indissociables dans la région, c’est ce que les occidentaux ont encore du mal à comprendre. Une adhésion à l’OTAN est exclue, contrairement à l’UE ».

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