Contours d'Europe

Van Rompuy et la Turquie

L’adhésion de la Turquie est un éternel sujet de discorde entre les Etats membres de l’Union. Jusque là rien de nouveau. Mais la question a-t-elle influencé les grands Etats dans le choix de leur soutien à tel ou tel candidat durant la campagne pour la présidence de l’Europe?

Le poulain du duo Sarkozy-Merkel

Au lendemain de la désignation d’Herman Van Rompuy à la tête de l’Union, les médias se montrent très critiques quant à sa nomination, « propulsé » selon certains à la tête de l’Union grâce à l’acharnement du tandem franco-allemand.

Il faut rappeler que les deux responsables, partisans jusque-boutistes du premier ministre belge, avaient réaffirmé en mai dans une tribune accordée à Libération leur opposition commune à l’entrée de la Turquie en Europe.

La position du nouveau responsable européen concernant l’adhésion turque n’a pas été un moteur explicite de la campagne pour la présidence de l’Union, bien sûr, mais elle a quand même fait irruption dans les débats. D’anciens propos tenus devant le Parlement belge par Herman Van Rompuy en 2004, alors qu’il figurait dans l’opposition, ont été déterrés pour l’occasion par la presse britannique, quant à elle pro-Turquie.

« La Turquie ne fait et ne fera jamais partie de l’Europe », avait dit Van Rompuy. Ouvrir les portes de l’Union à un pays majoritairement musulman représenterait une trop grande menace pour les valeurs chrétiennes au fondement de l’unité des 27…

Soit. La question a été tranchée par les Etats membres jeudi 19 novembre dans la soirée.

Quelle conséquence pour l’avenir de la Turquie dans l’Union ?

“Mon rôle consiste à trouver un consensus sur tous les sujets, y compris la candidature de la Turquie”. L’Europe doit jouer un « rôle important » dans le monde et inclure d’autres pays «à condition qu’ils remplissent les critères », a-t-il déclaré immédiatement à la presse après sa nomination, en réponse à ceux qui l’accusent d’être un opposant.

A nouvelles responsabilités nouveau discours. L’élu enfile déjà la veste pour laquelle il a été choisi, taillée sur mesure : celle d’homme du compromis.

Cette nomination est-elle propre à rassurer la Turquie ?

Le pays, candidat officiel depuis décembre 2004, montre une lassitude de plus en plus forte face à l’extrême lenteur du processus. A l’occasion de l’anniversaire de la chute du mur de Berlin, le président turc a interpellé les leaders européens. Même s’il entend ne recevoir aucun privilège particulier de la part de l’Union, il ne veut pas qu’on jette l’ombre sur son pays en voie de démocratisation.

« L’Europe va-t-elle reconstruire un nouveau mur de Berlin ?…Les débats récents sur la fiabilité de la Turquie viennent d’un manque d’information sur la Turquie », a déclaré Abdullah Gül.

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