De nouvelles frontières dans les Balkans ?

Posted by France on 20/07/10

Et si la solution à la question du Kosovo passait par un partage du pays et le rattachement de la partie nord, peuplée majoritairement de Serbes, à la Serbie ? Une vieille idée qui referait surface dans les coulisses des diplomaties serbe et kosovar selon des journaux de la région, dont les propos sont rapportés par le Courrier des Balkans.

Selon des diplomates occidentaux, la Serbie aurait reconnu ne pas pouvoir revenir en arrière sur le statut du Kosovo et la seule carte à jouer serait celle de la division du Kosovo. L’idée de négociation secrète entre Belgrade et Pristina aurait même été évoquée à la suite d’un article du magazine Foreign Affairs écrit par l’expert américain Nicholas Gvozdev. Selon lui, « le statut et les frontières » sont des sujets séparés, et si « le statut n’est pas négociable, la question des frontières reste ouverte ».

Une idée loin d’être saugrenue puisqu’elle avait été envisagée ouvertement par le président serbe Boris Tadić à l’été 2008 devant l’Assemblée générale des Nations Unies.

Du côté de l’Union européenne, une division du Kosovo est inacceptable. Elle violerait le principe en droit international de l’uti possidetis juris qui consiste à fixer les frontières du nouvel Etat indépendant en fonction des anciennes limites administratives internes à un État préexistant. Revenir sur ce principe au nom d’une conception ethnique de la nation pourrait avait des conséquences régionales graves. Le cas du Kosovo ferait office de précédent et entraînerait d’autres revendications territoriales, dans la région et dans le reste du monde. Par exemple, la Republika Srpska de Bosnie-Herzégovine pourrait déclarer son indépendance, comme elle l’avait déjà laissé entendre par le passé. Régler la question du Kosovo par un nouveau partage reviendrait à ouvrir la boîte de Pandore.

Les interrogations sur la solution à apporter au statut du Kosovo refont surface alors que la Cour internationale de Justice doit rendre un avis consultatif sur la question le 22 juillet. S’il na pas de valeur contraignante, il est très attendu car le processus de reconnaissance de l’indépendance du Kosovo pourrait être relancé ou au contraire bloqué.

2012 : une date d’adhésion de l’Islande irréaliste

Posted by France on 09/07/10

Une Union européenne à 29 membres en 2012 ? Si l’adhésion de la Croatie est en bonne voie, celle de l’Islande paraît beaucoup moins probable, et ce malgré l’optimisme du gouvernement islandais qui envisage une adhésion à cette date.

Certes le dossier islandais est solide : déjà membre de l’Espace économique européen et de Schengen, l’Islande a intégré une grande partie de l’acquis communautaire ce qui réduira fortement le délai des négociations. En témoigne la rapidité avec laquelle le pays a obtenu l’ouverture des négociations d’adhésion : moins d’un an après son dépôt le 27 juillet 2009, le Conseil européen les a formellement ouvertes le 17 juin dernier.

Les points d’achoppement sont donc peu nombreux mais pourraient sérieusement bloquer le dossier. La pêche sera le plus gros morceau. Devenir membre de l’UE implique d’accepter la politique commune de la pêche qui fixe des quotas nationaux, une obligation dont l’Islande ne veut pas. Sans compter que les règles européennes imposeraient l’ouverture des eaux territoriales islandaises aux chalutiers européens, remettant ainsi en cause le cadre législatif très protecteur qu’offre Reykjavik à ses pêcheurs.

Et l’Islande n’est pas prête à faire des concessions sur ces points. Outre l’attachement identitaire à la pêche, ce secteur représente une part substantielle de l’économie du pays (10 à 15 % du PIB et un quart des exportations). Et la crise financière qui a durement frappé cet Etat pousse désormais les Islandais à refonder leur modèle économique sur la pêche.

Autre sujet de taille pour l’Islande, la politique agricole commune. Les fermiers islandais y sont farouchement opposés. Largement subventionnés, ils ne seraient pas compétitifs et craignent une baisse de la production.

Enfin, l’affaire Icesave devra se régler avant l’adhésion. Si le commissaire à l’élargissement Stefan Füle considère qu’il s’agit uniquement d’un problème bilatéral – rhétorique également utilisée dans le cadre des Balkans lorsque la Commission n’a pas les moyens de régler le problème – le Royaume-Uni et les Pays-Bas pourraient bloquer le processus, comme l’a fait la Slovénie avec la Croatie en 2008.

Une population opposée à l’intégration européenne

Les négociations seront donc très compliquées et quand bien même elles aboutiraient, rien n’indique aujourd’hui que les Islandais voteraient oui lors du referendum prévu à cet effet. Bien au contraire, un sondage récent indique que 58% d’entre eux veulent que le gouvernement retire la demande d’adhésion. Sauf au plus fort de la crise en novembre 2008, date à laquelle la peur les poussait dans les bras de l’Europe, une grande majorité d’Islandais semble opposée à l’intégration.

Car ne l’oublions pas, les Islandais ne voulaient pas l’UE mais sa monnaie qui leur apporterait une stabilité monétaire. Ils ont fait savoir à plusieurs reprises qu’ils aimeraient adopter l’euro sans adhérer à l’Union. Une hypothèse écartée par les institutions.

Face à tous ces obstacles, on peut s’interroger sur l’intérêt pour l’UE d’intégrer l’Islande. Mis à part ses atouts géostratégiques et économiques, l’Union est-elle prête à subir une éventuelle voire probable répétition d’un scénario à la norvégienne ? Face à la crise profonde dans laquelle l’UE se trouve, un refus populaire d’une adhésion serait perçu comme un échec du modèle d’attraction européen.

Mais c’est surtout la définition d’un projet européen, d’une réflexion sur ses finalités qui est le plus pressant. Si l’Union vise à demeurer une simple zone de libre échange, il n’y a pas de raison d’arrêter l’élargissement. Si elle vise à se construire en communauté politique, ce critère devrait être posé clairement et l’Islande voire d’autre pays se poseraient différemment la question de l’adhésion.

Aucune femme dans le nouveau gouvernement tchèque

Posted by France on 02/07/10

15 nouveaux ministres en République tchèque, 0 femmes. Le gouvernement précédent comptait 17 ministres dont 3 femmes. Alors que le voisin slovaque est sur le point d’avoir une femme comme premier ministre, les partis tchèques font preuve de conservatisme. Selon le futur ministre de l’intérieur Radek John, ancien journaliste et dont ce sera le premier poste politique, les femmes ne sont pas présentes parce qu’elles « ont été découragées par des négociations de coalition trop dures ». Sic.

Et pourtant les résultats des élections législatives tchèques de mai 2010 laissaient espérer un profond changement de la vie politique. La montée de deux nouveaux partis de centre-droit, Top 09 et Affaires publiques, désormais au gouvernement, a entraîné une recomposition politique, au détriment des partis traditionnels comme l’ODS conservateur et le ČSSD social-démocrate. Les pratiques politiques semblent, en revanche, être demeurées les mêmes.

Un résultat d’autant plus choquant que l’utilisation, pour la première fois, des votes préférentiels a permis de renouveler profondément la composition de la chambre des députés. Ce type de vote, qui permet aux électeurs de modifier l’ordre des listes électorales a bénéficié à de nombreuses femmes. Placées en fin de liste par les partis, certaines ont été remontées par les électeurs.

Un changement notable toutefois : une femme a été élue pour présider la chambre des députés.

Lueur d’espoir en Slovaquie

Posted by France on 25/06/10

Après plusieurs mois de surenchères nationalistes entre Bratislava et Budapest, l’heure pourrait être à l’apaisement. Les élections législatives slovaques du 12 juin ont sonné le glas de la coalition rose-brune, inédite en Europe (parti social-démocrate et partis d’extrême-droite nationaliste) et au pouvoir depuis 2006.

Trois partis de la droite chrétienne et conservatrice et un parti social-libéral de la minorité hongroise sont tombés d’accord le 23 juin sur un accord de coalition. Ils ont prôné l’apaisement des tensions entre la Hongrie et la Slovaquie pendant la campagne. La probable future premier ministre Iveta Radičová a notamment déclaré être en faveur de la suppression de l’amendement voté par le parlement slovaque au cours de la campagne électorale, qui organisait la perte automatique de la nationalité slovaque si un ressortissant prenait volontairement la nationalité d’un autre pays.

Cette modification avait été adoptée en réaction directe au vote par le parlement hongrois le 26 mai dernier, d’un amendement qui redéfinit les conditions de demande de la citoyenneté hongroise (voir le post du 28 mai). Cette décision avait bouleversé la campagne électorale et placé la question nationale au cœur des débats, un sujet que la coalition slovaque rose-brune avait utilisé pour tenter de gagner l’élection. Outre la disposition sur la perte de la nationalité, le premier ministre Robert Fico avait réagi violemment. Après avoir rappelé son ambassadeur en Hongrie, il avait convoqué le Conseil de sécurité de l’Etat, prétextant que l’amendement représentait « un risque pour la sécurité de la Slovaquie ».

Autre signe fort d’apaisement, la défaite cinglante des partis nationalistes, fortement xénophobes vis-à-vis de la minorité hongroise. Le « Mouvement pour une Slovaquie démocratique » (HZDS) de l’ancien premier ministre Vladimir Mečiar a échoué à obtenir le seuil des 5% synonymes de représentation au Parlement. Exit donc l’ancien leader autoritaire des années 90 qui avait isolé la Slovaquie du reste de l’Europe. Le troisième allié de la coalition sortante, le parti d’extrême-droite SNS, a quant à lui tout juste atteint le seuil des 5%.

Autre symbole fort, l’entrée au Parlement du nouveau parti de la minorité hongroise Most- Híd qui a obtenu 8% des voix. Il a ainsi infligé un camouflet à l’autre formation de la minorité hongroise SMK-MK qui n’aura pas d’élus. Ce résultat marque également l’agacement des Hongrois de Slovaquie vis-à-vis de la politique de Budapest, qui ne les a pas consultés sur la question de la double citoyenneté : le parti hongrois du Fidesz au pouvoir en Hongrie et à l’origine de la loi sur la double citoyenneté soutenait le SMK-MK.

La nouvelle coalition slovaque à quatre partis devrait être formalisée dans les prochains jours, une fois les portefeuilles ministériels distribués, et gageons que le parti Most-Híd pourra, comme son nom l’indique, faire le « pont » entre les deux pays.


Most en slovaque et Híd en hongrois signifient pont.

Un nouvel élan à l’élargissement

Posted by France on 18/06/10

Les dirigeants européens ont décidé de donner du contenu au discours convenu du sommet UE-Balkans occidentaux de Sarajevo du 2 juin. Alors qu’ils s’étaient contentés du minimum syndical lors de ce sommet, se bornant à rappeler la « vocation européenne » des pays des Balkans, il semblerait qu’ils aient décidé de récompenser concrètement les progrès effectués par certains Etats. C’est du moins ce que les dernières décisions laissent penser.

La Croatie a tout d’abord vu son horizon européen se rapprocher en l’espace de quelques jours. Le résultat positif du referendum slovène sur leur différend frontalier a écarté toute possibilité de blocage tout comme les décisions slovène et néerlandaise de lever leur veto sur l’ouverture des derniers chapitres bloqués (justice, politique étrangère et concurrence). Désormais, la perspective d’une intégration du pays en 2012 semble plus que plausible.

Les différents rapports encourageants du procureur du Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) Serge Brammertz sur la pleine coopération de la Serbie ont eu quant à eux raison du veto des Pays-Bas sur la ratification de l’Accord de Stabilisation et d’Association.

Le Parlement européen n’est pas en reste puisqu’il a soutenu l’idée que la Bosnie-Herzégovine et l’Albanie devraient obtenir la libéralisation des visas au cours de l’automne.

Si les questions du Kosovo et pour d’autres raisons de la Turquie demeurent bloquées, celle du nom de la Macédoine pourrait se résoudre dans les prochains temps. Un accord entre la Grèce et le pays sur le nom de Macédoine-Vardar semble pouvoir faire office de compromis acceptable pour les deux parties.

Enfin rappelons que l’Estonie intégrera la zone euro en janvier 2011 et que l’Islande a obtenu l’ouverture des négociations d’adhésion avec l’UE. Si ce pays a déjà adopté de nombreuses dispositions de l’acquis communautaire, des domaines comme la pêche pourraient sérieusement ralentir le processus, sans oublier que les Islandais sont pour le moment plutôt défavorables à une adhésion.

Quoiqu’il en soit, les chefs d’Etat et de gouvernement ont décidé d’envoyer un message clair. Malgré la crise, l’élargissement demeure une des priorités européennes. Ces garanties avancées par les dirigeants européens sont une bonne chose car elles devraient stimuler les efforts consentis par les candidats pour se conformer aux critères de l’Union.

L’UE : la France en grand

Posted by France on 11/06/10

Le mythe que l’UE serait la France en grand a encore de beaux jours devant lui sur les bancs du Parlement français. Roland Blum (UMP) et Gérard Bataille (PS) en ont fait la démonstration récemment lors de la présentation d’un rapport parlementaire sur la situation dans le Caucase.

Tout part de la question de l’élargissement. Certes, des arguments géopolitiques raisonnables ont été utilisés pour rejeter une adhésion prochaine de la Géorgie et des autres pays du Caucase à l’UE, à savoir qu’on ne peut agir sans prendre en compte les intérêts de la Russie dans cette région, qui aujourd’hui refuse toute extension de l’UE ou de l’OTAN vers ses frontières.

Mais ce refus d’un nouvel élargissement témoigne en réalité d’une frilosité vis-à-vis de la « révolution du nombre » qu’a connue l’UE, pour reprendre l’expression d’Alain Lamassoure. Ainsi, les élargissements de 2004 et 2007 ont été invoqués : « il y a eu trop d’adhésions, trop vite à l’UE », a déclaré Roland Blum. « Les Pays d’Europe centrale et orientale (PECO) n’étaient pas mûrs, on a du les accepter sous prétexte de la chute du Mur », renchérit-il. Puis, c’est l’élargissement des années 80 qui y passe : « même aujourd’hui, on a des difficultés avec la Grèce, le Portugal et l’Espagne », rajoute-t-il.

Gérard Bataille acquiesce et rajoute « qu’aujourd’hui, ça pose problème ».

Pour ces deux députés, c’est comme si l’élargissement n’avait pas été vécu comme un enrichissement mais comme une déchirure. Le mythe de l’Europe des Six, composée d’une Allemagne contrite leur convenait et leur permettait de projeter leur rêve de reconstruction d’une puissance française à l’échelle mondiale.

Sauf qu’aujourd’hui, l’Europe compte 27 membres et a la taille d’un continent. Et l’élargissement aux pays d’Europe centrale et orientale doit être assumé. Il a permis de réaliser le projet initial de la construction européenne de réconcilier les peuples européens. A ce titre, les oppositions entre “élargissement” et “approfondissement » doivent être dépassées, comme le soulignent les chercheurs Thierry Chopin et Lukáš Macek, car « élargir l’Union, c’est aussi et avant tout “approfondir” le projet géopolitique européen en lui donnant une assise territoriale plus vaste et plus solide. »

Face à ce déni de la réalité, les deux députés continuent donc de penser à l’échelle de l’Hexagone. Arguant que la diplomatie européenne est inexistante politiquement dans la région, ils prônent une relance de la diplomatie française dans le Caucase. Roland Blum prétexte que « l’UE ne doit pas conduire à l’effacement des diplomaties nationales ».

Interrogés sur la capacité de la France à faire valoir ses intérêts en matière énergétique dans la région, les députés ont reconnu que « la France ne peut pas agir seule » et qu’il serait préférable de s’entendre entre Européens.

Car ils affirment néanmoins souhaiter une diplomatie européenne, mais qu’ils imaginent calquée sur les positions françaises. En témoignent leur regret des positions trop russophobes des PECO qui empêcheraient la formation d’un agenda européen cohérent vis-à-vis du Caucase.

Si les PECO tendent à réagir de façon trop émotionnelle vis-à-vis de la Russie, l’idée que la position française doit être imposée au reste de l’UE, cette idée d’une UE qui serait la France en grand est illusoire et ne correspond pas à la formation des compromis européens. Les Européens ont des intérêts communs et ils se formeront sur la base de compromis des positions nationales.

En attendant l’Europe

Posted by France on 04/06/10

« L’heure de l’Europe est arrivée », ainsi s’exprimait le ministre des Affaires étrangères luxembourgeois Jacques Poos en 1991 au moment du déclenchement de la guerre en Yougoslavie. 20 ans après, lors du sommet de Sarajevo du 2 juin, elle n’est toujours pas arrivée.

A l’époque, l’UE n’était pas capable d’intervenir militairement. Aujourd’hui encore, elle ne pourrait toujours pas faire face à un conflit majeur, elle a néanmoins réussi à inciter les pays des Balkans à s’engager sur la voix de l’intégration européenne.

Alors que l’UE fait face à une fatigue de l’élargissement et à une crise économique majeure, on peut comprendre que de nouvelles adhésions pourraient être difficiles à supporter et à expliquer aux citoyens européens.

Sauf qu’aucune nouvelle adhésion, à l’exception de la Croatie, ne pourra intervenir avant une décennie. Les réformes à effectuer par les Balkans sont considérables. Mais, d’ici là, on est en droit d’espérer que les dirigeants politiques européens auront trouvé les moyens de sortir le vieux continent de la crise.

En attendant, les pays des Balkans attendaient des réponses simples lors du sommet de Sarajevo: être assurés d’une future intégration européenne, si possible avec des garanties qui ont l’avantage de stimuler les réformes.

Garanties qui par ailleurs ne coûtent pas cher aux Européens mais peuvent avoir des effets immédiats sur les pays candidats. A l’instar de ce que propose le European Council on Foreign Relations, accorder le statut de candidat à tous les pays de la région d’ici la fin de l’année aurait permis à l’UE de regagner de la crédibilité dans la région, crédibilité nécessaire pour arrimer ces Etats à l’UE.

Si 2014 n’est plus envisagée sérieusement pour une intégration pleine et entière, Valentin Inzko, haut représentant en Bosnie-Herzégovine, évoque désormais 2018, date du 100ème anniversaire de la Première guerre mondiale, qui a été déclenchée par un assassinat à Sarajevo.

Accorder le statut de candidat ne veut pas dire les intégrer rapidement, car des réformes sérieuses doivent être entreprises par ces pays. Mais établir un calendrier précis, donnerait de la consistance à une politique qui se borne à répéter les poncifs habituels « les Balkans ont une vocation européenne », rarement suivie des faits. L’exemple de la libéralisation des visas en décembre 2009 est une manifestation trop rare de récompenses concrètes.

A l’image de Vladimir et Estragon attendant Godot, les pays des Balkans attendent toujours que l’UE veuille bien venir au rendez-vous promis, car eux savent très bien ce qu’elle doit leur apporter.

De la citoyenneté sur les rives du Danube

Posted by France on 28/05/10

« Les hommes ne naissent pas citoyens mais le deviennent » : manifestement cette citation de Spinoza n’est pas arrivé jusqu’aux oreilles des gouvernements hongrois et slovaques. Sinon, l’idée que la citoyenneté n’est pas un fait naturel ne serait pas aujourd’hui mise à mal au profit d’une redéfinition ethnique de celle-ci.

L’arrivée au pouvoir d’un gouvernement de droite à Budapest, fortement influencé par une extrême-droite puissante, n’a pas tardé à produire ses effets néfastes. Une loi votée par le Parlement hongrois redéfinit les conditions de demande de la citoyenneté hongroise et permet à un Hongrois, vivant en dehors de la Hongrie, de la demander à condition qu’il puisse prouver son origine hongroise et qu’il parle la langue. Pour le moment, le droit de vote n’est pas autorisé mais la question pourrait ressurgir, d’autant plus que l’extrême-droite milite pour son autorisation.

Les nombreuses minorités hongroises vivant chez les voisins slovaques et roumains sont les principales populations visées par cette loi,

Et puisqu’il n’est plus envisageable de modifier les frontières par les canons, la droite hongroise tente de revenir sur « l’injustice historique du Trianon » en opérant une redéfinition ethnique de ses frontières. Mais, si les citoyennetés peuvent être multiples (européenne, nationale, binationales), la motivation politique hongroise de recréer un espace national unifié autour de Budapest peut avoir des conséquences explosives en Europe centrale.

Entre les fantasmes des extrémistes slovaques d’un séparatisme magyar et le mythe de la Grande Hongrie, les nationalismes font recette en Europe centrale.

La réaction slovaque ne s’est d’ailleurs pas faite attendre : une nouvelle loi prévoit que tout citoyen slovaque pourra être déchu de sa citoyenneté à deux conditions : s’il décide d’y renoncer volontairement, ou s’il dépose une demande de citoyenneté auprès d’un autre pays.

Cet épisode s’inscrit dans une série de provocations entre les deux pays, attisées par la force électorale de l’extrême-droite des deux côtés du Danube. La Slovaquie avait déjà voté l’année dernière une loi imposant l’usage du seul slovaque dans l’administration.

Conséquences inattendues de l’effacement des frontières au sein de l’Union européenne, les nationalismes gagnent du terrain. Si les citoyens des Etats membres sont supposés être tous réunis dans une même communauté politique européenne, ces provocations rappellent combien cette communauté de citoyens est fragile. Preuve s’il en est que la citoyenneté ne peut simplement se décréter mais qu’elle existe par la pratique et la participation politique aux affaires de la cité.

Zone euro : entre éclatement et élargissement

Posted by France on 21/05/10

En pleine crise et alors que pour la première fois son éclatement possible es évoquée, la zone euro pourrait pourtant s’agrandir au 1er janvier 2011. C’est du moins ce qu’a proposé la Commission européenne le 12 mai en recommandant l’entrée de l’Estonie qui deviendrait le 17e membre de la zone euro.

Que, dans la situation actuelle, la zone euro accueille un nouveau membre peut presque paraître incongru. Peu gouvernée, lente à se mettre d’accord sur le plan de sauvetage de l’un des siens, en pleine réflexion sur ses orientations à venir, les 16 pays qui la composent sont-ils prêts à élargir la famille? N’est-ce pas une fuite vers l’élargissement et un refus, encore une fois, de travailler sur l’approfondissement.

Toutes ces questions méritent d’être posées. Conscient des critiques susceptibles d’intervenir, le président de l’eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a d’ailleurs indiqué lundi 17 mai que la crise ne devait en aucun cas constituer un prétexte pour ne pas intégrer un nouvel Etat qui respecterait les critères requis.

Or, il est vrai que c’est largement le cas. L’Estonie est loin d’être dans la même situation que les autres Etats de l’UE. Aujourd’hui, le pays est le seul à respecter les critères de Maastricht, malgré une chute de 15% de son PIB. Sans compter que, selon les autorités européennes, l’Estonie a été très rigoureuse dans sa gestion depuis plusieurs années. Reste que l’Estonie représente à peine 0,1% de l’économie de l’UE (25 milliards de PIB) contre par exemple 2% pour la Grèce.

Mais surtout, la population estonienne ne comprendrait certainement pas qu’on lui refuse l’entrée alors qu’elle est la seule à respecter les critères.

Si la population estonienne reste enthousiaste à l’idée d’intégrer la zone euro, elle semble bien être la seule parmi les pays candidats, quand bien même il s’agit d’une obligation juridique. Durement touchés par la crise et aidés par le FMI, la Hongrie et la Roumanie ont pu laisser leur monnaie se déprécier pour regagner de la compétitivité. Un ajustement moins violent que celui que va subir la Grèce.

En République tchèque, Radio Prague rapporte que pour la première fois depuis 2001, la majorité des personnes interrogées (55 %) s’est prononcée contre l’adoption de l’euro. L`année dernière encore le nombre de personnes refusant la monnaie européenne n’atteignait que 47 %. Quant au ministre polonais des Finances, il a déclaré qu’il n’était pas pressé d’entrer dans la zone euro et que ce n’était plus une priorité.

La question n’est donc pas simplement de savoir si la zone euro peut accepter d’autres membres. Mais plutôt comment faire pour que les Etat qui doivent adopter l’euro dans les années à venir fasse les réformes nécessaires pour y parvenir, comme le prévoit leur adhésion à l’UE.

Avec la crise, les bénéfices de l’appartenance à la zone s’effacent et laissent perplexe sur son avenir. Intégrer l’Estonie apparaît donc d’autant important pour montrer que l’euro continue de générer une force d’attraction et est capable d’accueillir de nouveaux membres, respectueux des critères édictés. Sans parler des réformes de gouvernance, dont les Etats membres évoquent, lentement, la mise en place.

La crise grecque : un coup d’arrêt à l’élargissement

Posted by France on 12/05/10

La contagion de la crise grecque pourrait atteindre non pas la péninsule ibérique mais sa cousine balkanique. Si les investissements grecs dans la région pourraient se réduire considérablement, le processus d’élargissement à l’Union européenne pourrait également en pâtir. C’est ce qu’a suggéré le chercheur au CERI Jacques Rupnik lors d’un chat sur lemonde.fr : « la crise grecque a indirectement un effet qui contribuera à renforcer la méfiance à l’égard des autres pays de la région, et à ralentir un processus d’adhésion déjà beaucoup trop lent pour eux.”

Etat faible et inefficace, corruption économie grise : les maux grecs ont des traits analogues aux maux balkaniques, ce qui pourrait justifier un ralentissement du processus d’élargissement. Au risque d’enrayer la démarche de réforme entreprise par ces pays et de saper le soutien électoral aux forces pro européennes. En effet, Jacques Rupnik explique que l’UE fait face à un dilemme : « d’une part, la promesse d’élargissement, tant qu’elle reste vague, n’est pas assez motivante pour introduire dans ces pays des réformes importantes et les faire appliquer dans les Balkans; et en même temps, la promesse d’élargissement, vue de l’Union, doit rester assez vague pour ne pas effrayer les opinions publiques dans les Etats membres. C’est le dilemme auquel sont confrontés les dirigeants européens. »

Les comptes truqués de la Grèce affaiblissent donc la confiance que Bruxelles est prête à donner aux autres pays des Balkans. Et la Croatie pourrait en faire les frais. Si elle sera dans les prochaines années le vingt-huitième membre de l’UE, la date d’adhésion pourrait être reportée au-delà de 2011-2012 selon les propos de membres du gouvernement croate et de représentants européens, rapportés par le Courrier des Balkans.

A moins d’un mois d’un sommet UE-Balkans à Sarajevo, l’UE va devoir réaffirmer l’engagement européen vis-à-vis des pays de la région. Mais selon Jacques Rupnik, elle devra surtout essayer d’aller au-delà du « discours général disant ‘oui, vous avez à terme une perspective européenne’ ». Au contraire, « il faut donner à ces pays un calendrier plus clair pour l’ouverture des négociations, cela permet ensuite de décliner le programme de réformes exigé par rapport à ce calendrier.”

Deuxième conséquence : l’élargissement de l’Eurozone. Les Etats de l’UE seront encore plus vigilants qu’avant. La Lituanie en avait déjà fait les frais en 2007, alors recalée pour un taux d’inflation de 2,7%, soit 0,2% de trop au regard de la limite autorisée par le traité de Maastricht (2,5%).

La Bulgarie et la Roumanie devront attendre particulièrement longtemps. En effet, les révélations récentes de mensonge sur le montant du déficit budgétaire en Bulgarie font cruellement écho aux défaillances grecques. L’Estonie toutefois n’en fera peut être pas les frais puisque la Commission a recommandé  le 12 mai qu’elle adhère à la zone euro au 1er janvier 2011.

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